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Histoire du Yoga 19/05/2018

La fâcheuse situation des renonçants Nâgâ au XIXe siècle

Lorsque les Anglais établirent leur gouvernement sur l'Inde, après avoir dans un premier temps utilisé les services des guerriers ascétiques comme mercenaires afin de prendre Delhi, ils trouvèrent très désagréable que ces saints hommes itinérants prennent l'initiative d'interrompre parfois, de perturber souvent,  la libre circulation sur les routes du commerce de la Compagnie des Indes Orientales (East India Company). En effet, les bandes très organisées de Nâgâ contrôlaient depuis longtemps déjà les routes de pèlerinage, qui se trouvaient être en même temps les routes commerciales de toute l'Inde du Nord. Or au Bengale, à partir de 1743, dans une période de famine, cette Compagnie anglaise imposait son monopole, son commerce, ses taxes sous le gouvernement de Warren Hastings, et trouva très peu à son goût que les Nâgâ interviennent et exercent leur justice « rétablissant le dharma » pour protéger les populations hindoues contre les prédations et les exactions de la Compagnie.

Les Anglais, ayant conquis Delhi, et grâce à cela étendu leur contrôle sur de vastes portions de l'Inde, s'aperçurent qu'ils n'avaient plus besoin des Nâgâ. D'autant plus qu'à la suite des tracas et de l'inquiétude qu'ils causaient, de leur harcèlement, le revenu du Gouvernement britannique au Bengale avait été amputé plus d'une fois. Ils se rendirent compte que la puissance de ces sâdhus était telle qu'ils pouvaient défier l'hégémonie politique et économique de la East India Company. Ils n'étaient pas seulement des soldats obéissants qu'on pouvait engager sans état d'âme. Ils avaient souvent un regard critique, leur propre jugement sur ce qui est juste et injuste, ils constituaient un pouvoir indépendant, et ne se privaient pas d'intervenir quand ils en sentaient la nécessité. Du coup, ils furent regardés avec suspicion et hostilité comme des vagabonds paresseux, qualifiés de maraudeurs, de brigands, d'espions, traités de mercenaires profiteurs, et finalement déclarés une  menace pour les intérêts économiques britanniques. La répression politique impitoyable qui fut décidée s'abattit au XIXe siècle comme une véritable main de fer sur ces ordres guerriers. Leur aspect « indécent », couvert de cendres, leurs longs cheveux emmêlés et nattés ou relevés en chignon, leur ascétisme rigoureux qui inspiraient la défiance étaient invoqués. Mais l'aversion des Anglais pour les yogin était bien loin d'être due seulement à leur pudeur offensée par la nudité ascétique et à leur incompréhension pour les valeurs du renoncement.

Le glas des ordres Nâgâ fut sonné par un décret interdisant aux ascètes errant du Bengale le port des armes, leur interdisant de maintenir des armées, décret que Warren Hastings rendit effectif en 1877, grâce aux pouvoirs sans cesse croissants de la police britannique. Errer nu et, si on n'était pas Anglais, posséder une arme, fut considéré comme un délit. Ils furent privés du privilège de la puissance militaire et se retrouvèrent dans une position fâcheuse. Poussés à se sédentariser, obligés en grand nombre à s'installer dans les villages et les cités, ils furent jetés dans un désœuvrement forcé et ne pouvaient plus que mendier. Ils n'avaient plus comme ressource que de mettre en scène leurs capacités d'ascétisme, comme moyens de subsistance de se livrer à des exploits yoguiques qui attirent l'attention, de faire étalage de leurs prouesses posturales, d'exhiber leurs contorsions, de démontrer les pouvoirs atteints par le yoga ou la maîtrise de soi, ou de proposer des spectacles de rue qui répondent à l'attente des spectateurs. Ce destin inattendu et malheureux fit d'eux un objet de fascination voyeuriste de la part des voyageurs européens, de curiosité vite blasée de la part des Anglais résidant en Inde, puis de mépris et souvent même de dégoût, non seulement pour les Européens, mais aussi pour de nombreuses couches de la société indienne, surtout celles qui se voulaient modernes, déjà très anglicisées. Ils étaient considérés comme arriérés, non civilisés, dangereux par les Anglais, rejetés par les Brahmanes orthodoxes, regardés comme bizarres, excentriques, repoussants par la bonne société indienne, et critiqués par tous pour leur exhibitionnisme.

Le discrédit du Hatha-yoga

II ne fallait pas attendre non plus de compréhension des savants et des érudits occidentaux, WJ. Wilkins, Monier-Williams, H.W. Hopkins, Max Mùller, Max Weber, Richard Schmidt, et les autres. Tous, anglais, américains et allemands s'accordaient à voir dans le Hatha-yoga de l'Inde une forme dégénérée de yoga s'adonnant à des tortures physiques et des mortifications révoltantes. Lorsque parurent, dans un climat de désapprobation du Hatha-yoga, les premières traductions en anglais de textes du Hatha-yoga, par Rai Baha-dur Srîsa Chandra Vasu de la Shiva-samhitâ en 1893, rééditée en 1914, de la Gheranda-samhitâ en 1915, et par Pancham Singh de la Hatha-yoga-pradîpikâ en 1915, leurs auteurs dans leur introduction tentaient de distinguer ce que devrait être le vrai Hatha-yoga de ce que sont les faux Hatha-yogin « qui paraissent dans nos rues barbouillés de cendres et de saleté, effrayant les enfants, et extorquant de l'argent aux gens timides et de bonne composition ». Et ces auteurs, n'ayant aucune idée de la valeur et du sens des disciplines tantriques, omettent purement et simplement de traduire les passages concernant vajrolî, sahajolî et amarolî-mudrâ. Ces mudrâ seront aussi plus tard censurées et passées sous silence par Swami Vishnudevananda et par B.K.S. lyengar. L'américain Theos Bernard qui en 1936 voyagea en Inde et au Tibet et, à contre-courant de l'opinion générale, publia en 1950 le récit de son effort pour maîtriser les méthodes et les doctrines du yoga tantrique dans son livre : Hatha-yoga, thé report of a Personal expérience, Londres, Rider, aura recours à ces traductions malgré leurs lacunes. C'est vers cette époque qu'eurent lieu les premières tentatives de décryptage du symbolisme des roues (chakra) et des lotus (padma) des Tantra en termes d'anatomie et de physiologie occidentale, les assimilant à des plexus et à des ganglions, par Major Basu, frère de Chandra Basu, et par Vasant Rele, dans son livre intitulé The Mysterious Kundalinî datant de 1927. Pour être « vrais » et ne pas être regardés comme une imagination des auteurs des Tantra, il fallait que ces phénomènes pourtant expressément décrits comme appartenant au « corps subtil » et non au « corps grossier », fussent prouvés matériels, tombant sous le scalpel du chirurgien.

Shri Aurobindo recourt à des conceptions tantriques issues du Kundalinî-yoga, mais il passe sous silence le Hatha-yoga. Swami Vivekananda, qui se veut un interprète de la spiritualité hindoue auprès de l'Occident, dans son livre Raja-yoga de 1896, publié en 1910 par la Société Théosophique, parle du Hatha-yoga de façon très péjorative : « Nous n'avons rien à en faire, parce que ses pratiques sont très difficiles, et ne peuvent être apprises en un jour, et que après tout, elles ne conduisent pas à beaucoup de croissance spirituelle... le résultat de cette branche du Yoga est de donner aux hommes la longévité, la santé étant la principale idée, le seul but du Hatha-yogî. Il est décidé à ne pas tomber malade, et il ne l'est jamais. Il vit longtemps, cent ans ne sont rien pour lui ; il est tout à fait jeune et en forme quand il atteint 150 ans, sans un cheveu qui devienne blanc. Mais c'est tout... il n'est qu 'un animal en bonne santé. » II oppose les « exercices purement physiques » du Hatha-yoga aux disciplines spirituelles du Raja-yoga. Cependant, quand il sentit sa santé chanceler, Swami Vivekananda fut tenté de se mettre à l'école d'un Hatha-yogin. Mais, ayant eu en rêve à plusieurs reprises des visions de son maître Ramakrishna le fixant avec un regard désapprobateur, il y renonça, et mourut à 39 ans. La seule exception à cette unanimité du mépris est Swami Dayananda Sarasvati, le fondateur de Pâryasamâj. Ce Swami réformateur, qui voulait faire table rase de tout ce qui n'était pas védique, tout ce qu'il considérait comme des accrétions et des déformations, maintenait une pratique régulière des étapes initiales du Hatha-yoga. Grâce à celle-ci, il échappa à plusieurs tentatives d'assassinat, par empoisonnement et par efforts pour le noyer, sauf à la dernière tentative : une courtisane dont il avait vilipendé les mœurs, offensée, soudoya son cuisinier et fit mettre du verre pilé dans le verre de lait qu'il prenait le soir au coucher : il l'absorba d'un coup sans méfiance. Il succomba au bout de trois jours, non sans avoir pardonné à son cuisinier repentant.

 La vogue de la culture physique en Europe et en Inde

Tandis qu'en Inde, les samnyasin dont un grand nombre étaient adeptes des arts martiaux et du Hatha-yoga, croupissaient dans la misère, la mendicité et la morosité, un enthousiasme sans précédent pour la culture physique fit son apparition en Europe et en grande Bretagne. En Allemagne d'abord, pour former des « corps sains et beaux », pour régénérer la race, pour redonner du moral à la nation, puis en France, en Prusse, en Scandinavie et en Angleterre. Alors qu'auparavant avec l'art de l'escrime et de l'équitation, c'était l'apanage des nobles, tous les sports d'adresse, de force et d'endurance furent mis à l'honneur. Cette mode démocratique, patriotiquement motivée, aboutit aux premiers jeux Olympiques modernes à Athènes en 1890. Cette mode se répandit en Inde à travers le système d'éducation anglicisé des collèges et des universités et par le service militaire. Les Indiens souffraient d'un complexe d'infériorité vis à vis des Britanniques : ceux-ci les considéraient comme physiquement, moralement et spirituellement inférieurs par rapport aux gentlemen anglais. Le discours qu'ils tenaient sur le caractère faible, efféminé des Indiens, sur leur mollesse, leur teint sombre, leur race léthargique, leur permettait de justifier leur domination politique. Les Indiens avaient intériorisé ces critiques et cherchaient une revanche. Le désir de surmonter leur supposée débilité et de se construire une masculinité indiscutable les poussa dans les gymnases, les stades, les clubs d'entraînement à la lutte, au combat corps à corps. Les méthodes occidentales de culture physique et de musculation connurent une grande vogue et furent par la suite transformées en outils pour l'indépendance par les leaders nationalistes indiens. Beaucoup de gymnases fonctionnèrent comme des centres de lutte politique qui imitaient l'institution des âkhâra, des samnyasin combattants. Des clubs d'entraînement qui préconisaient une action « énergique » se prétendirent « centres d'instruction en yoga ». Sous couvert d'enseigner postures de yoga, maîtrise du souffle, et salutation au soleil, ils préparaient les gens à l'aptitude guerrière et aux méthodes des arts martiaux. Il était fréquent de voir des culturistes indiens exhibant des prouesses physiques exceptionnelles, et attribuer leur force et leur endurance à la pratique des postures et de la technique du souffle propre au Hatha-yoga. On combinait la méthode européenne de gymnastique, surtout suédoise, de gymnastique aux techniques d'entraînement des arts martiaux, qu'on appelait « le système indien de culture physique », et les méthodes de culture physique occidentale étaient naturalisées et considérées comme « des connaissances hindoues anciennes ».

Swami Kuvalayananda

Le premier responsable de la renaissance du yoga en tant que méthode de culture physique fut Swami Kuvalaya-nanda (1883-1966), qui naquit au Gujrat sous le nom de Jagannath Gune, d'une famille brahmane. Observant l'illettrisme et ce qui lui a semblé de l'ignorance superstitieuse chez les masses indiennes, il réalisa la valeur de l'éducation, et fit au cours de ses études le vœu d'observer un célibat à vie pour se consacrer à la tâche d'éducateur, et reçut son nom de Swami ; il devint peu après le directeur du National Collège d'Amalner en 1916. Son premier apprentissage à partir de 1907 eut lieu sous Râjaratna Manik Rao, professeur à la Jummadada vyâyâma-shâlâ de Baroda, qui lui apprit la gymnastique, le système indien d'éducation physique et les techniques de combat. Kuvalayananda en fut très marqué et s'efforça de répandre ce système jusque chez les enseignants de yoga, et encore à sa mort, il était le Président (Chairman) de l'Éducation Physique en Inde. En 1919, il rencontra le sage vishnouïte bengali Paramahamsa Madh-vadasji (1789-1902), établi à Malsar, près de Baroda, sur la rive de la Narmadâ, et il commença sous sa direction l'apprentissage de la discipline du yoga. Quoique idéaliste, il était profondément rationaliste. Il rechercha donc une explication scientifique aux effets psychologiques variés que l'expérience du yoga lui apportait. Il commença d'abord cette investigation des effets sur le corps humain des pratiques de yoga dans un laboratoire à l'hôpital de Baroda, et cela suffit à le convaincre que le yoga, s'il était compris en tant que méthode scientifique expérimentale, pourrait aider la société. Cette idée de découvrir la base scientifique des techniques du yoga devint le fil directeur de sa vie.
En 1924, après avoir fondé le Kaiva-lyadhama, Centre d'enseignement et de recherches, à Lonavla au Maha-rashtra comme un laboratoire pour ses recherches expérimentales, il inaugura la première revue scientifique consacrée au yoga, une publication trimestrielle intitulée Yoga-Mîmâmsâ. Cette « investigation » (sens propre de mîmâmsâ) du Yoga se donnait pour objet d'étudier scientifiquement, avec tous les appareils de la science moderne, les effets physiologiques des âsana, des shat-karman, des bandha et du prânâyâma. Avec son groupe de chercheurs, il visait la prévention et le traitement des diverses maladies au moyen du yoga. Yoga-Mîmâmsâ, à la fois revue scientifique et manuel d'instruction pratique illustré, fut immédiatement adopté par les étudiants de toute l'Inde comme un guide sur le yoga pratique faisant autorité. Il ouvrit plusieurs branches du Kaivalyadhama en 1936 et 1943, puis en 1944 ajouta un Yoga Mandir Samiti à Lonavla pour poursuivre des recherches littéraires et scientifiques sur le yoga. En 1951 il établit un Collège de Yoga et Synthèse Culturelle, « pour préparer les jeunes intellectuellement et spirituellement au service désintéressé de l'humanité ». En 1961, il ouvrait un Hôpital yoguique pour le traitement des désordres fonctionnels chroniques au moyen des techniques du yoga. Parallèlement, son intérêt permanent pour la culture physique, dû à l'influence profonde et durable de Manik Rao, lui fit introduire dès 1914 différentes sortes d'exercices physiques indigènes et étrangers dans le « système de culture physique basé sur le yoga » qu'il élabora et chercha à populariser. Entre 1927 et 1927, il travailla dans le Comité d'Education Physique du Gouvernement de Bombay, mettant au point des combinaisons d'exercices « yoguiques ». Celles-ci furent ensuite enseignées dans les écoles. En 1936 il en fit un enregistrement en tant que document d'archives des programmes scolaires, nommé Yaugik Sangh Vyâyâm (exercices yoguiques de groupe), et le fit voir plus tard à Krishnamacharya de Mysore. Lorsqu'il fit paraître en 1931 un livre sur les âsana, où il présenta 21 des principales postures, le rôle du Swami comme champion de la culture physique fut encore consolidé. Il écrivit un autre livre sur le prânâyâma, et associa le yoga thérapeutique à la naturopathie et à l'Âyurveda. Son but était que « cette ancienne discipline du yoga devienne plus acceptable aux esprits modernes, guidés par des normes rationnelles et scientifiques, afin qu'elle contribue à la santé et à la guérison ». Il organisa la pratique du yoga à un niveau collectif, souhaitant influer sur les masses populaires, et recherchant « la propagation du yoga pour le bénéfice de l'humanité ».

Conclusion

Ainsi a commencé « l'occidentalisation du yoga », son adaptation à un grand public censé ne rien vouloir ou ne rien pouvoir comprendre aux valeurs indiennes de libération spirituelle (moksha, mukti, nirvana), et ne s'intéresser qu'aux pratiques de santé, de forme physique et de bonne thérapie. Elle sera poursuivie par Tirumalai Krishnamacharya et par Swami Sivananda que nous aborderons dans un autre article. Loin de se borner à l'Occident, ce yoga postural moderne a envahi l'Inde elle-même, où d'innombrables Indiens se sont estimés aussi capables que les Occidentaux de se poser en maîtres de ce yoga simplifié et d'en faire un business. Pourtant nous avions eu René Guénon, qui dès l'année 1938, dans Études sur l'Hindouisme, dans un compte-rendu du livre de Swami Vivekananda : Raja-yoga, traduit par Jean Herbert, nous mettait en garde : « l'exposé est gâché par la fâcheuse manie de chercher des comparaisons et des rapprochements avec la science moderne ; il en résulte parfois d'assez curieuses méprises, comme celle qui consiste à vouloir identifier les chakras et les nâdîs avec des organes corporels. Il est étrange aussi qu'un Hindou puisse ne voir dans le Hatha-yoga qu'une sorte d'« entraînement  purement physiologique ». Plus tard, nous avons eu Mircea Eliade, qui dans son remarquable ouvrage : Le Yoga, Immortalité et Liberté (Paris Payot 1972), a réhabilité dans leur vraie perspective les valeurs du yoga et encore explicité celles du Hatha-yoga. Il nous a aussi ouverts à la valeur des mythes et, marchant à la suite de Symboles fondamentaux de la Science Sacrée (René Guenon, nrf Gallimard 1962), il s'est appliqué à nous faire comprendre la pensée symbolique.

Les Nâtha

Mais Mircea Eliade, s'il s'accorda avec tous les savants indiens à considérer l'ordre médiéval des Nâtha-yogin comme celui qui a élaboré la voie intense du Hatha-yoga, était mal informé ; il affirma en effet que « de nos jours, ces yogin présentent tous les symptômes d'un ordre en décomposition. ». En réalité, les travaux sociologiques de Véronique Bouillier ont montré que ces vrais détenteurs du « Yoga en tant que voie » (yoga-mârga), qui ont, au contraire des Brahmanes sédentaires du Shivaïsme Cachemirien, par leur itinérance toujours réussi à échapper à l'impact destructeur de l'Islam sur les hauts lieux du Tantrisme hindou et bouddhique, continuent à pérégriner en Inde et au Népal où ils ont établi de nombreux matha (Véronique Bouillier : Ascètes et rois, un monastères de Kanphata Yogis au Népal, CNRS ethnologie, Paris 1997, Itinérance et vie monastique, les ascètes Nâth Yogîs en Inde contemporaine, éditions de la maison des Sciences de l'Homme, 2008). Les Nâtha (en Hindi Nâth) forment le seul ordre de yogin qui ait transmis par succession ininterrompue de guru initiés la tradition du Yoga tantrique depuis la révélation de Shiva (Âdinâtha) à Matsyendranâtha, qui la transmit à ses fils et à d'autres disciples, inaugurant la tradition « des neuf Nâtha et des quatre-vingt-quatre Siddha ». Abhinavagupta, le plus célèbre maître du Shivaïsme du Cachemire, lui rendit hommage comme au guru originel de la tradition des Siddha. Au XIIe siècle, Gorakshanâtha donna une inflexion plus ascétique à cette tradition originelle, atténua l'importance de l'adoration de la Shakti en tant que Yoginî suprême, et celle des yoginî, partenaires initiées humaines, préconisée par son guru, il retrancha de l'enseignement les cérémonies tantriques secrètes d'union sexuelle ritualisée, qui semblaient transgressives à la société hindoue, n'admettant qu'un renoncement strict pour un samnyâ-sin. Mais il conserva l'aspect intériorisé du yoga tantrique, la reconduction de la Shakti Kundalinî à son époux Shiva à l'intérieur du corps humain. Il organisa l'ordre des Nâtha en douze branches nommées « chemins » (pantha) principaux, avec chacun son fondateur et sa ligne de transmission initiatique, et ces « chemins » rayonnèrent à travers toute la grande Inde (l'Inde actuelle, le Népal, le Pakistan et l'Afghanistan). Les Nâtha n'ont pas formé de contingents Nâgâ, ils n'ont pas vulgarisé le yoga, ils se sont tenus en dehors des modes, bien que beaucoup d'autres ordres aient essayé d'adopter ou d'adapter leurs techniques. Le Hatha-yoga est pour eux la méthode rapide et « violente » pour « ouvrir de force les vantaux de la Libération spirituelle » et accéder au Raja-yoga (Yoga de Patanjali) comme grâce à une échelle. Celui-ci est inclus à l'intérieur même de l'ensemble des enseignements du Hatha-yoga comme son quatrième et ultime degré (anga), et comprend des méthodes de concentration et méditation spécifiques. Rien de tel, pour avoir accès à une discipline de yoga authentique, que d'aller se mettre à l'écoute de ceux qui en ont été les promulgateurs  et qui l'ont maintenue vivante. J'avais cru, à la suite de l'affirmation péremptoire de Mircea Eliade, que cet ordre de yogin était éteint, j'ai longtemps cherché à entrer en contact avec un de leurs adeptes, et c'est pour cela que j'ai traduit des textes de base de leur école, comme La Centurie de Goraksha ou le Guide des Principes des Siddha. J'ai fini par découvrir un tel représentant, en la personne de Yogi Matsyendranath Maharaj, un Nâtha-yogin qui a reçu l'initiation darshanî à Gorakhpur. Après l'avoir invité en France en 2013, l'avoir mis à l'épreuve en l'assaillant de questions, et avoir organisé des séminaires pour lui en France pendant quatre ans, je souhaite à mes compatriotes en quête d'une voie de yoga qui ne soit pas une trahison ou une adultération du yoga, de se saisir de l'opportunité qui se présente à eux d'une formation en quatre ans au Yoga des Nâtha et à la civilisation de l'Inde Traditionnelle que je propose en collaboration avec ce yogin.

Auteure : Tara Michaël
Site de l'auteure : Centre Nath Sampradoya
Un documentaire de Gildas Billet : Babaji un Yogin Nath
Avec l'aimable autorisation de la Revue Infos-Yoga



Michel  Chauvet
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Le 14 Août 2018

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