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Aventures d'une pilote yogini 4 23/02/2017

Suite du livre "Aventures d'une pilote yogini autour de la terre... ou une quête éperdue de vérité"

Pour retrouver le chapitre 3 suivez ce lien...

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Chapitre 4.

LA DÉCHIRURE, l' insoutenable douleur de la séparation


Aventures d'une pilote yogini... chapitre 4


Stage de vol aux instruments


Il est revenu, reparti, revenu, reparti?
J'ai reçu une donation de l'état pour mon stage de vol aux instruments* (IFR*), étape incontournable pour avoir la possibilité de transporter des passagers et de travailler en compagnie aérienne, un cadeau du ciel !

« Tu vas revenir ? Dis ? Tu vas revenir ? »
Je ne pense qu'à lui.
Il m'installe dans un mini studio à Carnon tout près de l'aéroport de Montpellier Fréjorgues, où se trouve mon école. Le stage IFR commence en octobre et durera 4 mois. Il me dit qu'il part aux USA pour faire le point, il a besoin de réfléchir. Je comprends. Je le crois et j'ai confiance. Ainsi je plonge dans mon stage, gardant le total espoir que son issue verra l'obtention de mon diplôme et le retour de mon amour. Alors nous pourrons partir tous les deux, voler autour du monde !

Automne Hiver 90-91. Quatre mois remplis avec des calculs à n'en plus finir, les « petits t * » du simulateur, desvols en bimoteur, le génial Beechcraft Baron 58, qui est un vrai régal de souplesse, de douceur, et de bonnes performances? Je m'éclate enfin à passer à travers les nuages, à voler au dessus de la couche, avec la sécurité des instruments qui n'ont plus de secrets. Je travaille à fond, je n'ai que ça à faire ; surtout ne pas penser. Pourtant les larmes envahissent toujours mes études et inondent mes livres. Je n'ai presque aucune nouvelle de Jules. Où est-il ? Que fait-il ? Va-t-il revenir ? En ce temps, il n'y a ni mobiles ni courriels, ça n'est donc pas complètement anormal. Parfois un appel arrive ; le ton de sa voix est si lointain, et ça ne semble pas seulement dû à la distance?

Mi janvier1991 : après un test brillant je reçois ma qualification IFR, de vol aux instruments. Je suis si fière ! J'ai réussi ! Je continue petit à petit à monter les échelons du chemin de l'aviation que je me suis tracé? Je voudrais tant partager cela avec mon amour, mais je suis sans nouvelles.Exactement le lendemain de l'obtention de ma qualification, la guerre du Golfe éclate. Avant le début de mon stage, toutes les compagnies recrutaient activement des pilotes, à présent l'annonce de la guerre du Golfe ferme toutes les portes? pire, elle les ouvre dans l'autre sens : les compagnies débauchent des centaines de pilotes, tous bien plus qualifiés que moi. Aucune chance alors, dans un tel contexte de trouver un emploi de pilote en compagnie. Que faire ?
L'école dans laquelle je viens de faire mon stage me propose un emploi d'instructeur. Ça n'est pas ce dont je rêvais mais j'accepte ; mon expérience ainsi s'enrichira, et puis j'aime l'instruction. Je vais former des mécaniciens navigants d'Air Inter au pilotage ; les avions modernes étant dotés de plus en plus d'automatismes, le « moustachu », troisième homme du cockpit, la fine main qui sait ajuster les manettes de poussée comme personne est en train de disparaître.


Les moustachus et la Caravelle

Et me voilà en charge de quatre d'entre eux, quatre joyeux compagnons d'Air Inter aux heures de vol bien plus importantes que moi. Ils m'intimident un peu surtout lorsque je vois dans leurs carnets de vol, les avions sur lesquels ils ont volé : Boeing 707? Caravelle? Ah? La Caravelle ! Un amour d'avion qui me rappelle ce vol que je ne résiste pas à leur raconter :

Je n'ai que dix heures de vol, je suis bébé pilote à l'aéroclub de Muret, prés de Toulouse, et pour mon anniversaire, mes parents m'ont offert un billet d'avion pour venir à Lyon, un billet aller-retour Toulouse Lyon ; j'ai alors vingt-sept ans, c'est mon premier vol en avion de ligne.
Je suis toute excitée dans l'aéroport avant l'embarquement, je ne peux que regarder le ballet incessant des avions, dehors, me demandant pourquoi les gens passent leur temps à lire des journaux insipides ou à se gaver de sandwiches non moins insipides, au lieu de contempler les gracieux oiseaux blancs. Enfin, le moment de l'embarquement arrive. Et notre avion est une Caravelle. Elle est si belle, si fine, ses ailes immenses la font planer, diton, à plus de vingt fois sa hauteur. On appelle cela la finesse et c'est la Caravelle qui aurait la plus grande finesse de tous les avions de ligne, presque un planeur !
Je rêve. Moi aussi, je plane déjà, avant même de décoller !

Me voilà installée à mon siège. Je voudrais dire aux hôtesses que moi aussi je vole, moi aussi je suis une pilote ! En entrant, j'ai jeté un coup d'oeil dans le cockpit. Oh? une merveille ! Des instruments partout, des cadrans, des aiguilles? et trois pilotes bien occupés que je ne pouvais manifestement pas déranger à ce moment-là. Enfin, lorsqu'une hôtesse passe près de moi, j'ose lui confier mon secret et je lui demande si je peux aller dans le cockpit pour assister au décollage. Elle va demander, elle reviendra avec la réponse.
J'attends. Les procédures de sécurité sauvetage passent, et bientôt c'est la mise en route, et même le roulage?
Oh? je me sens très déçue, ils ne vont pas me prendre dans le cockpit, semble-t-il. Peut-être que l'hôtesse m'a oubliée ? Ah mais non, la voilà, elle me susurre à l'oreille que je ne pourrai pas aller dans le cockpit tout de suite mais plus tard, en croisière. Me voilà rassurée, et je peux alors apprécier avec tous mes sens le décollage de l'oiseau. Quelle puissance, quelle envolée, quelle grâce ! Ça y est nous volons ! Je me sens bien, tellement bien !
Déjà l'hôtesse revient vers moi et me fait signe de la suivre.

Oh? je suis acceptée, la porte du cockpit s'ouvre ; les trois hommes sont penchés sur leurs instruments, les pilotes devant, et le mécanicien navigant qui surveille son tableau latéral. L'hôtesse me fait signe de m'asseoir sur le petit siège là, de ne pas parler et de ne déranger personne. Cela va sans dire. Je suis tellement émue, les larmes perlent dans mes yeux, il me semble d'ailleurs que je n'ai pas assez d'yeux ni de sens pour tout voir, tout capter. J'essaie d'étendre toutes mes antennes pour m'imbiber totalementde ce moment hors du temps.
Bientôt le troisième homme se tourne vers moi. Oh ! Je le reconnais ! C'est un pilote de l'aéro-club où je vole ! Ça alors ! Un vrai moustachu en plus ! Il me reconnaît aussi ; du coup la communication s'installe plus facilement. Il est si aimable qu'il m'explique tous les instruments, les jauges de carburant, les manettes de poussée, les températures? Il me montre aussi les altimètres, variomètres, anémomètres des pilotes, bien plus évolués que ceux du Rallye de l'aéro-club. Bientôt les pilotes à leur tour semblent un peu plus tranquilles et se tournent vers moi pour me saluer et me dire quelques mots ; entre autres, que vol étant très court, ils ne
pourront guère s'occuper de moi.

« Est-ce que vous voulez rester pour l'atterrissage ? me demandent-ils toutefois.
« Oh ? Oui ? C'est possible ? Ah bien sûr que je veux !
? D'accord mais vous restez totalement immobile et silencieuse !
? D'accord. »
Mon coeur fait des bonds, des larmes de bonheur, de plénitude, de complétion perlent autour de mes yeux, je me sens comblée au delà de ce que je pouvais imaginer. Nous sommes largement au dessus des nuages, en croisière, et face à l'est. Alors les pilotes me montrent une chose très curieuse que personne ne sait expliquer : face à nous se dresse le Mont Blanc, très loin mais largement reconnaissable avec sa magnifique silhouette blanche qui s'élève au dessus d'une immense mer de nuages. Nous sommes le matin très tôt, c'est juste l'aube, le soleil n'est pas encore levé ; aussi le ciel est-il encore foncé, mais il commence à s'éclaircir ; on distingue les couleurs claires au dessus de la ligne d'horizon. Et ce qui est extrêmement étrange c'est ceci : sur le Mont Blanc, au milieu de la masse de la montagne, il y a comme un puissant spot de lumière, c'est très net. C'est comme si une maison éclairée était là avec sa lumière, mais c'est impossible, il n'y a pas de lumière comme ça dans le mont Blanc ; et même si des alpinistes faisaient un feu à ce moment-là, ou dirigeaient une lampe vers nous, cela n'aurait jamais cette intensité, cette magnitude. Alors c'est un mystère qui reste entier jusqu'à aujourd'hui.

Je suis dans un autre monde. Sous le charme puissant de cet avion gracieux qui file dans le ciel comme un oiseau, je suis abasourdie par la beauté de la Nature immense, que je perçois dans une dimension non ordinaire depuis nos dix mille mètres d'altitude. Je suis subjuguée par le métier de ces pilotes qui me fascinent avec leur travail en équipage, ballet ou plutôt, symphonie, dont je découvre bientôt une partition extraordinaire?
Car déjà il nous faut descendre.

Je ne sais pas encore repérer quel pilote fait le vol, du reste je ne connais encore rien à ce genre de répartition, ne sachant que distinguer le commandant du copilote. Ça c'est facile puisque le commandant est à gauche et le copilote à droite ; alors le commandant fait descendre l'avion. Ils ont pris la météo de Lyon, ça n'est pas fameux : « Zéro-zéro » me disent-ils. Le moustachu me dit rapidement que ça veut dire : « brouillard épais, plafond zéro, visibilité zéro. »
« Oh là là ! Mais comment vont-ils faire ? »
Je garde pour moi mes réflexions de Bécassine et j'essaie de me taire ; les pilotes sont expérimentés. Je leur suis tellement reconnaissante de me garder dans le cockpit malgré la difficulté des conditions?
En descente nous approchons de la couche nuageuse. Alors, le commandant regarde le copilote avec un sourire :
« On le fait ? »
L'autre approuve avec un autre sourire. Le commandant, alors ajuste quelques instruments, et l'avion se retrouve à foncer horizontalement, exactement à la surface de la couche nuageuse. Ah? le nez de la belle caravelle passe à huit cents à l'heure au ras des nuages, déchirant ça et là leur masse cotonneuse, nous émerveillant à chaque seconde par une sensation grisante de vitesse impressionnante? nous semblons glisser sur un tapis floconneux incertain qui s'ouvre sur le passage du bolide? et ce spectacle féerique semble ne jamais finir?
Dans le cockpit, quatre êtres humains sont unis dans la contemplation de cette manifestation qui tient du surnaturel. Je n'ai pas assez d'yeux pour tout absorber? je me sens dans une autre dimension? un vaisseau spatial, une fusée magique?

Bientôt il faut descendre pour de bon.
Un autre ajustement des instruments, et ça y est, nous plongeons dans la masse cotonneuse ; cette fois plus de fol enivrement, plus de mont Blanc ni de nuages déchirés, seulement un univers blanc opaque qui devient vite gris : c'est la grisaille épaisse de la couche nuageuse qui recouvre la région lyonnaise.
Je suis immobile, silencieuse et ne fais qu'observer avec toutes mes antennes, le ballet d'actions magnifiquement orchestré qui se déroule devant mes yeux. Je ne sais absolument pas où nous sommes, ni à quelle altitude nous sommes, je n'arrive pas encore à lire ces altimètres évolués et tout va bien trop vite. Je me laisse porter, guider par les mages pilotes. Le commandant demande des actions à son copilote qui s'exécute et répond : « Fait » ; un contrôle constant de toute
action, une cross-check* de tout ce qui se fait dans le cockpit assure la sécurité du vol. A présent, il appelle une check-list, et c'est le troisième homme, mon ami le moustachu qui la lit. Les deux pilotes effectuent des actions mystérieuses en répondant : « Fait ! Vérifié ! Contrôlé ! Ok ! » Finalement le mécanicien termine avec : « Check-list avant atterrissage terminée ! »
Plus personne ne parle et presque aucun mouvement ne trouble la descente de l'avion qui toujours descend, oui,cela je peux le comprendre grâce au variomètre et à son aiguille dirigée vers le bas ; c'est facile.
Mais où sommes-nous donc ?

Soudain tout arrive en même temps.
Juste devant nous, les lumières de la piste surgissent de la brume et l'avion amorce en douceur un arrondi puis atterrit dans une trajectoire parfaite. L'avion ralentit et suit de petites lumières bleues qui me font penser que nous nous dirigeons vers le parking. Tout est invisible, nous sommes entourés de brouillard épais. Difficile d'imaginer que nous sommes à Lyon Satolas !
Quel vol, quel voyage, quelle expérience !
Ma résolution déjà pressentie, est à présent totalement confirmée dans ma tête et lorsque je rentrerai dans notre maison de Camargue, je l'écrirai sur un petit papier

« Je serai pilote ! »


Déjà un sankalpa*. Sans savoir ce que veut dire ce mot, je sens que cette résolution me portera jusqu'au bout.
Je suis infiniment reconnaissante à cet équipage de m'avoir acceptée dans le cockpit et fait partager cette expérience. C'est quelque chose que j'essaierai toujours de faire lorsque, à mon tour je deviendrai pilote dans un cockpit, mais plus tard, les lois se durcissant et les cockpits se fermant à portes closes pour des raisons de soi-disant sécurité, il n'y aura plus cette possibilité pour les jeunes pilotes de découvrir ce monde merveilleux. Alors sincèrement, merci messieurs !

Revenons en 1990 ; grâce à mon expérience dans la Caravelle, je me sens un peu plus proche de mes amis les « moustachus », nous nous comprenons et les heures
d'instruction sont un vrai plaisir ; en plus ils sont bons, même excellents, ce sont des élèves parfaits avec qui tout va très vite !
Les semaines passent ainsi, entre l'école de pilotage avec les gentils « mécano-nav », et mon studio glacial où je remplis le vide par l'étude, encore et toujours. Je prépare maintenant les « certifs du PL » c'est-à-dire les certificats théoriques de la licence de pilote de ligne, le but ultime.
C'est très difficile et je fais tout toute seule, mais au moins cela me tient éveillée, le mental est focalisé et a de quoi réfléchir. Surtout ne pas penser. Ne pas penser. Cet acharnement n'empêche pas des rivières de larmes de couler régulièrement sur les livres et les pages de calculs.

Le 15 mars 1991


Il arrive. Un appel, une voix étrange, lointaine ; pourtant il est là, en France, à Montpellier, tout près. Je vais le chercher à l'avion. Dans l'auto, nous sommes silencieux. Son sourire à l'aéroport était étrange. Le mien peut-être aussi.
Au mini studio vide avec vue sur la plage, la mer, les vagues, j'ai préparé une mini célébration. « Bienvenue » annonce une banderole pauvre en couleurs. Sur la table en formica, du champagne attend, que l'on va déboucher timidement sans oser se regarder trop fort.
« A nos retrouvailles ! » dit Jules.
Le mot est horrible, il sonne faux, vieux et moche. Je me sens extrêmement mal. Bientôt une exclamation de Jules déchire la blessure. Il m'appelle, moi Mirabelle, par erreur, « Julie », le nom de l'autre.

Une seconde de stupeur, je le regarde sans vouloir comprendre, une intense énergie passe entre nos yeux, et là, je Sais.
« Tu étais avec elle ? »
Il baisse la tête, et dans un murmure?
« Oui. »

Ce mot déclenche en moi une fureur, une douleur, une souffrance si extrême que je ne peux plus rien contrôler. J'avais confiance, je le croyais seul, là-bas, dans le nouveau monde? En un seul mouvement, je vois mon pied se balancer contre la grande baie vitrée du studio et la faire voler en éclats ; je crie, je hurle, je pleure, je cours, je fuis, je pars, je descends les escaliers, je voudrais sauter de la planète Terre, je voudrais me volatiliser, ne plus exister? Mais mon corps est encore là, lourd, trop lourd, avec seulement de la douleur dedans, des tonnes, des gigatonnes de douleur qui ne peuvent pas sortir, alors je cours, je cours sans pouvoir m'arrêter? L'océan, c'est cela, je vais me jeter dans l'océan? mais les ridicules vaguelettes de la Méditerranée n'acceptent pas les désespérés. Je cours, sans savoir où je vais? je veux mourir? je veux ne jamais avoir entendu ce nom? je veux disparaître, en finir, partir, m'envoler, me dissoudre?
Mais où est Jules ? Je veux le revoir? surtout, qu'il ne parte pas? « non ! ne pars pas ! »
Je reviens, vers lui, en courant toujours. En moi un flot de violence incontrôlable déborde. Cet amour, cet amour plus fort que l'univers, pourquoi l'avoir cassé ? Pourquoi l'avoir brisé ? J'ai mal, si mal?


Jules est debout sur la plage, aussi droit qu'un mur, aussi dur qu'un rocher ; je le frappe, je l'assaille de coups? comme les vagues déchaînées d'un océan en furie? je frappe, je tape, je brise? mais il reste de marbre?
« Pourquoi ?? Pourquoi ? »?
La douleur d'une intensité jamais connue empêche toute expression, si ce n'est les coups, comme si en le tapant je pouvais ouvrir son coeur, réveiller son amour, rallumer notre flamme, notre union, notre couple?
Pourquoi alors que nous nous aimons tant, nous fracassons-nous l'un contre l'autre ? Pourquoi cette femme dans sa vie ? Pourquoi tout cet amour en moi qui n'a plus son écho ? Pourquoi tant de douleur ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Ce soir-là, je me retrouve seule dans le studio, une vitre cassée béante sur la mer agitée, mon coeur et mon corps brisés, fracassés, tout mon être complètement désintégré, pourtant encore vivant.
Il est parti.
Les lambeaux de la banderole traînent par terre.
Un reste de champagne.
« Nos retrouvailles ! »?
Ridicule !

Je sombre dans la douleur. Un puits sans fond dans lequel je m'enfonce perdant conscience du monde extérieur. Deux semaines sans sortir de mon studio ou presque. Sans manger ou presque. Sans dormir ou presque. À attendre seulement que le téléphone sonne. Mais il ne sonne pas.
J'ai obtenu un congé maladie en allant voir une femme médecin qui m'a aussi donné des cachets pour dormir. J'en prends, juste un peu, ça n'est pas addictif, ça me calme. Lorsque je retourne à l'école d'aviation, on me donne un nouvel uniforme commandé quelques semaines auparavant. Quelle surprise lorsque je l'essaie : il est dix fois trop grand pour moi !
« Mais enfin ils se sont trompés de taille ou quoi ? »
Je réalise que j'ai perdu près de dix kilos, juste en deux semaines. Je ne peux plus assurer les vols ; je ne peux pas ouvrir la bouche sans que des flots de larmes sortent de mes yeux. Je quitte mon emploi, j'erre hagarde dans les rues et les supermarchés, certaine que tout le monde devine sur mon visage, le drame qui dévore mon coeur.

Dans le studio, je ne vois qu'une chose, le téléphone, et je n'attends qu'une chose, qu'il sonne.
La sonnerie, la simple sonnerie de cet instrument à double tranchant me plonge dans la terreur.
Alors finalement, je débranche le téléphone et reste dans le silence.
« Qu'il appelle donc, et il verra bien de quel bois je me chauffe ! »
Mais le silence est encore plus insupportable.
« Et s'il avait appelé ? Et s'il voulait revenir ? Ah comment ai-je pu être si stupide ? »
Paniquée, je rebranche le téléphone muet.

Je descends dans un cercle violent, une profonde dépression. Je perds huit kilos en deux semaines, je n'ai jamais trouvé meilleur régime pour maigrir ! Ha ha ha !
Mais l'heure n'est pas aux rires, j'ai le visage figé dans les larmes, le corps tordu de douleur.
Et soudain, un appel, c'est lui, il revient ! Oui ! Le voilà !
« Je t'aime ! Je n'aime que toi ! On va recommencer, on va faire un bébé ! »
Je suis transportée au paradis, on fait l'amour divinement, pour faire un bébé ! J'achète un maillot de bainspécial femme enceinte. La vie est à nouveau rose, mon
amour est revenu !
« Mais quoi ? Déjà tu dois partir ? Non ? Tu ne vas pas? non ! Pas possible? mais tu disais? un bébé tous les deux? mais qu'ai-je fait ? Qu'ai-je donc fait ? Non !! Ne t'en vas pas !! Je t'en supplie ! Ne pars pas? »
Déjà il a franchi la porte, déjà il est parti, et je me retrouve seule, avec mon désespoir, mon maillot de femme enceinte, les larmes et la douleur pour compagnes.

Cette terrible année 1991 nous verra nous réunir et nous séparer mille et une fois dans les pires douleurs.

Je trouve refuge chez mes parents à Lyon pour un temps, abandon total aux larmes, sans rien d'autre à faire ni à penser. Ma mère qui n'avait jamais vraiment approuvé notre relation, n'en est pas moins désolée et me dit avec une conviction qui m'étonne :
« Elle ne le gardera pas, il reviendra. »
J'espère? j'espère qu'elle dit vrai.
Un jour, je vais à la piscine pour nager, et essayer d'évacuer cette douleur sans fin ; je me vois alors en maillot de bain, pas celui pour femme enceinte et je réalise à quel point j'ai maigri ; du coup, j'ai enfin perdu mes grosses cuisses, celles dont j'avais toujours eu honte ! Ça ne me fait pas rire pour autant mais un éclair de lucidité passe devant mes yeux au moment où je plonge dans l'eau.
« Je dois plonger dans cette nouvelle vie et ça peut être bien. »
Oui, c'est cela que je vois à cet instant : je peux être heureuse aussi dans une nouvelle vie. C'est la première fois qu'une telle lueur positive apparaît. Elle est très faible, très fragile, et surtout, il semble que je ne souhaite pas être heureuse sans lui. Aussitôt que la pensée de mon amour perdu surgit à nouveau dans ma tête, je me laisse engloutir par le tsunami de douleur et de larmes.

Un jour, il m'appelle à nouveau. J'ai repris quelques forces et je me sens capable de le voir sans céder à ses histoires rocambolesques. Quoi qu'il me dise, je dirai : « Non ».
Mais ça n'est pas pour m'annoncer son retour qu'il veut me voir. Il semble lui aussi désespéré, paniqué, il ne sait plus où est sa place : il m'annonce que Julie, l'autre femme, attend un enfant. Il ne sait plus que faire.
Je suis terrassée.
Me dire cela à moi ? Me faire encore plus mal ? Mais Jules semble torturé plus que les mots ne peuvent dire.
Voulait-il réellement un enfant avec elle ? Ou bien était-ce avec moi ?

Il n'acceptera pas cette grossesse. Sans savoir communiquer autrement que par notre amour violent et déchiré, nous nous bagarrons encore tout en nous aimant.
Corps à corps, coeur à coeur, tout n'est que violence de chair mise à nu. Il semble que des rouages puissants et invisibles nous écartent l'un de l'autre sans que nous puissions rien faire. Je me sens vide de tout et complètement impuissante ; mais je commence aussi à comprendre que je dois cesser ces entrevues destructrices si je veux continuer à vivre.
Est-ce que je souhaite encore vivre ? Même si une vie sans mon amour me semble hors de toute compréhension, un instinct de survie, ou peut-être autre chose, me guide, me pousse, me mène, me tient en vie. Alors pour vivre, il faut arrêter de se voir. Je ne peux pas me laisser détruire ainsi, c'est sans fin.

Canada Paris


La lueur qui s'était allumée à la piscine, m'aide à acheter un billet pour le Canada. Voilà. Je vais partir au Canada.
Forte de ma nouvelle coiffure, les cheveux frisés, méconnaissable tant je suis mince et habillée de beaux habits, je me sens élégante et prête à m'élancer dans ma nouvelle vie. Destination : Montréal. J'ai mon billet et quelques sous en poche ; pas de retour. Je ne sais rien de plus, sauf que je suis terrorisée. Terrorisée à l'idée d'une nouvelle vie, sans mon amour.
Et si pourtant c'était possible ? Même si ça l'était, il semble que je ne l'accepterais pas. Je ne comprends rien à ce qui se passe en moi. Et c'est sans rien comprendre que je me retrouve un jour de juin 1991 à Montréal. Bon. Et maintenant, que faire ?
« A moi le Canada ! »
Ça sonne creux. Je me sens vide de tout, vide d'envie, vide de vie. J'espérais évidemment sans me l'avouer, tout en me l'avouant, que Jules viendrait me retrouver et que notre vie reprendrait. Au Canada justement, comme dans son rêve, avec la cabane, les hydravions?
J'erre quelques jours sans but, sans rien. Peu à peu, je rencontre des gens sympathiques qui me font oublier mon désespoir pour un temps. Est-ce le début de ma nouvelle vie ? Les éclairs d'espoir entrevus dans le plongeon aquatique ? Juste à ce moment, je reçois un message : Jules va arriver, il vient me rejoindre. Ma nouvelle vie aura peu duré et je ne saurai jamais ce qu'elle aurait pu être. À la lecture du télégramme, c'est une joie mêlée de peur qui m'envahit : peur que ça ne marche pas, peur de souffrir encore ; je ne me trompe pas.


Nous nous retrouvons quelque part et décidons de faire la traversée du Canada en autobus, une idée bien singulière.
Cela durera deux semaines. Deux semaines entre bus et hôtels, deux semaines entre rires et larmes, deux semaines entre amour passionné et déchirements impitoyables. Nous arrivons à ce rythme à Vancouver. Mégalopole aux lumineux gratte-ciels qui dominent le Pacifique. C'est réellement magnifique. Nous nous promenons sur le port.
Il y a des hydravions, avec des moteurs en étoile, justement ; comme dans nos rêves.
Où est notre couple ? Il semble flotter comme ces hydravions, sur des eaux mouvantes, avec de gros flotteurs qui lui permettent de ne pas couler. Jusqu'à quand ? Les journées passent d'une extrême à l'autre : un jour, nous faisons l'amour divinement, certains que la vie va nous porter loin encore tous les deux pour vieillir ensemble. Le jour d'après c'est un fracas de violence et de larmes, tout se déchire dans un puits de douleur d'une intensité non encore atteinte.
Ça ne peut pas continuer ainsi. Il faut prendre une décision. Jules la prend : deux billets d'avion Vancouver Paris pour notre retour, ensemble ; nous nous séparerons à Paris.
Il fallait décider. Un semblant d'apaisement se fait en moi, car la violence est partie et j'ai un délai. Deux jours, jusqu'à Paris ; sans réaliser la suite, sans prendre la dimension de ce que sera Paris ; je me laisse bercer par ce répit, avec lui.
Avion.
Champagne. Larmes. Sourires. Amour. Peur. Terreur.
Paris.
Je ne veux pas arriver. Je ne veux pas atterrir. Non. Je ne veux pas sortir. Non ! Pas l'aérogare ! Non !
« Que vas-tu faire ? me demande-t-il
? J'ai une amie à Paris, une élève pilote comme moi, elle pourra m'héberger. »
Cela est pour l'aspect matériel, basique. Pour le reste, je ne sais rien. Je ne peux pas y croire.
Nous sommes à la rotonde de l'aérogare Charles de Gaulle avec ses mille portes automatiques en verre. Je ne veux pas y aller ! Je ne veux pas y aller ! Pourtant dans un instant nos pas, nos corps, nos vies vont se séparer. Je ne veux pas !

Tout mon être crie en silence, en douleur. La porte s'ouvre, c'est « ma » porte. Jules doit continuer tout droit. Je reste immobile. Je ne veux pas. Je ne peux pas. Pourtant il faut. Un pas. Mon regard se tourne vers lui. Larmes. Encore un pas. Je suis au milieu de la porte bloquée en position ouverte. Panique. Les larmes coulent à flot. Le corps avance comme un pantin. Je suis de l'autre côté. La porte se referme, automatiquement. Jules est derrière la vitre en verre. Dans une autre vie. Un regard, c'est fini. Il part.
Je me désintègre.

Paris.

Aucun souvenir. Une brume de douleur. Le corps et le coeur dans la torture ne savent que pleurer. J'écoute de la musique dans l'appartement de mon amie qui est
absente ; déjà elle vole dans une compagnie aérienne. Je découvre son petit appartement mignon de femme pilote solitaire, et vois qu'il est possible de vivre avec de la musique et des livres, de se faire un petit nid pour une vie toute seule.
La survie. Survivre à la douleur qui ravage toute tentative de pensée.
Je commence à chercher un emploi, loin, le plus loin possible de cette planète de douleur, et je trouve, à Saint Barthélémy, une île minuscule des Caraïbes Françaises, un,emploi de pilote de transport. C'est parti !


CARAÏBES des débuts douloureux dans l'aviation de nos rêves

Août 1991, j'arrive à Saint Marteens. Un vol en trislander m'amène à Saint Barth's, une île minuscule de trois kilomètres par sept, réservée aux richissimes du show
business international, qui y ont presque tous résidence, yacht et que sais-je encore? Mais justement je ne sais rien de tout cela et me demande même ce que je fais là. Le chef pilote m'accueille avec courtoisie malgré une mini bouteille de gaz trouvée dans mes bagages à la douane !
« Quoi ? Vous êtes pilote ? Vous venez piloter à Air Saint-Barth's ? Et vous transportez des matières dangereuses dans vos valises ? »
Je ne peux que baisser les yeux, emplie de honte et me confondre en excuses. Qu'allais-je donc faire avec mon mini butagaz de camping, ici à Saint-Barth's, cette île de super luxe ? Je me le demande encore. C'était probablement un réflexe de survie -- si l'on peut dire, vu le danger que j'ai fait courir à tout un avion.
« Au moins je pourrai me faire à manger » avais-je dû penser? Instinct de base dans un état de douleur extrême?
Cette douleur justement, je croyais bien l'avoir laissée en France, dans cet autre pays, si loin de l'autre côté de l'océan. Pourtant, lorsqu'une fois seule dans ma chambre, j'ouvre ma valise, ah? c'est comme une onde, une vague, une vibration, un choc : l'onde de douleur !
Tout revient. Tout est là avec moi, dans mes bagages.
Je fonds en larmes et passe cette première nuit à pleurer sous les étoiles.
Les étoiles, heureusement, seront mes amies sur cette île minuscule. Combien de fois vais-je me retrouver errant sur le port, dans une crique, regardant mes pieds, sans baskets, et les étoiles dans le ciel ?
Combien de fois vais-je leur demander de m'aider ?
Combien de questions lancinantes vais-je leur envoyer ?
Pourquoi tant de souffrance ? Pourquoi cette solitude vertigineuse ? Pourquoi cette douleur insoutenable ?
Les réponses que me lancent quelques étoiles filantes me donnent un brin d'espoir, une lueur de vie.
« Tout n'est peut-être pas fini. »

Je reçois une lettre, une seule, de mon amour. Car il sait, bien sûr, que je suis là. Il me dit que lui aussi souffre à mourir.
« Je voudrais m'arracher la tête pour ne plus penser, je n'aime que toi, on a tout fait au brouillon, on va tout recommencer, au propre. »
Je suis survoltée de joie ! Tout n'est pas fini ! C'est bien cela, oui ! Il va revenir, nous allons recommencer, « au propre » cette fois, nous allons être à nouveau heureux, nous aimer et faire des bébés.
Un gros jumbo d'Air France, et le voilà, voilà mon amour qui revient. Mon coeur est en grande joie, il n'y a aucun doute, nous allons nous retrouver. Le paysage qui était jusque-là voilé de gris, de noir et de tristesse, devient d'un coup multicolore, lumineux, jaune, rose, vert, bleu ; toutes les couleurs des Tropiques brillent et dansent?

Je remarque à cette occasion dans une seconde de lucidité, que rien n'a changé dans le paysage du dehors ; c'est seulement le filtre intérieur, avec lequel je perçois le
monde qui est transformé : il n'est plus celui du désespoir, noir, il est devenu rose, filtre de l'amour et du bonheur. Intéressante découverte : un aperçu du monde qui comme un miroir, reflète mon état intérieur. Éclair de sagesse?

Nous nous retrouvons, nous nous aimons, nous nous régalons, entre mes vols, de baignades dans l'océan tumultueux, de bains de soleil amoureux dans les criques,
de petits restos chez les « lolos » en bord de plage. Tout recommence, tout est bien, nous sommes heureux, tout ira bien. Nous nous aimons tellement.
Et puis soudain que se passe-t-il ?
À nouveau l'écran change de couleur, les projecteurs du ciel lancent des éclairs de douleur. Jules m'annonce qu'il doit repartir. Mon corps explose et se brise, mais je n'ai plus de forces pour pleurer. Il m'installe dans un immense appartement dix fois trop grand pour moi. C'était pour nous deux ; c'est vide. Nous y passons une nuit, la seule avant son départ. Je ne peux pas dormir. Jules semble en paix et ronronne comme un chat. Je me lève discrètement, une rage douloureuse râlant au fond de moi ; et dans une dernière tentative pour le ramener, je prends des ciseaux, et commence à couper mon poignet gauche. Curieusement je suis très lucide, et je me vois, là, debout dans la pénombre, essayant sans grande conviction d'en finir avec cette vie qui me tue, lacérant mon poignet désespérément avec une lame qui heureusement ne coupe pas, essayant d'être silencieuse tout en espérant réveiller cet homme qui dort trop paisiblement? essayant le tout pour le tout simplement pour qu'il me voie, qu'il me sauve, qu'il m'aime, enfin !

Je me cisaille, les ciseaux ne coupent décidément pas, et je n'ai pas la force d'insister, surtout que Jules manifestement ne se réveillera pas. Et si je mourrais  vraiment !? J'ai bien trop peur, peur de mourir, peur d'avoir mal, peur de tout !
Honteuse, misérable, lamentable, je maquille mon poignet avec quelques bandages et attends le jour dans un languissement désespéré. Jules ne se rendra compte de rien. C'est dans un lourd silence que, le petit matin venu, nous nous dirigeons vers le minuscule aérogare de cette
minuscule île de riches, afin de nous séparer, une fois de plus.
J'ai un vol en tant que copilote, pour ma compagnie.
Jules prendra un autre vol. Je le laisse à l'aérogare, encore incrédule, la tête et le coeur vides. Je rejoins mon avion et mon commandant de bord sur le tarmac.
Je suis blanche, livide.
Mais je suis pilote ; je vais assurer mon vol, même dans la douleur fulgurante de mon coeur. Nos passagers sont embarqués, et nous voilà alignés sur la piste, face à la mer ; huit cents mètres de piste, le rocher à éviter en face. À droite, dans l'aérogare, je sais que Jules est encore là ; son avion vers Saint Marteens part un peu plus tard, puis c'est un jumbo vers la France.
Mon ventre est noué, lacéré ; je sais que je ne le reverrai plus. La douleur intérieure est intense, mais je saurai me concentrer sur mon travail, le pilotage.
« Autorisés décollage, rappelez en sortie. »
Je pousse les trois manettes de gaz des trois moteurs qui vrombissent et font vibrer la carcasse de notre véhicule volant. La piste en béton fait sauter les roues qui rebondissent dans un inconfort notoire, limitant de plus l'adhérence donc les performances de notre avion déjà peu gâté.
« VR* » annonce mon captain. C'est la vitesse de rotation, celle où l'on tire sur le manche pour décoller.
Je tire le manche, et mon ventre se déchire. Les larmes ruissellent sur mon visage, je vois le rocher là-bas.
J'incline l'avion doucement pour virer vers Saint- Marteens, cap vers la souffrance, cap vers la solitude, cap vers la mort? Mon captain et ami voyant mon visage défait me demande ce que j'ai.
« Il part »
Il comprend car je lui ai parlé de notre histoire ; je fais le vol, concentrée sur l'avion et vide à l'intérieur.

Les jours, les semaines et les mois suivants seront à cette image. L'aviation capture et captive mon mental, m'évitant de trop penser à la peine qui ravage mon coeur. Je vis comme un fantôme, ne me sentant éveillée et concentrée que pour les vols ; le reste me passe complètement à côté. Lorsque, passagère d'un vol entre Saint Marteens et Saint-Barth's je regarde les vagues, je voudrais avoir la force d'ouvrir la porte de cet avion trimoteur pour sauter et me laisser engloutir par l'océan. Mais alors je pense à ma mère : elle va souffrir, je ne peux pas faire ça. C'est la seule pensée qui semble me retenir. Et peut-être aussi le manque de courage. Et peut-être aussi une lueur ? Une lueur d'espoir ?
Une lueur tout court ?

Car en cette période de trouble extrême, je me sens alternativement descendre dans un vertigineux puits sans fond ou flotter dans une coquille de noix posée sur l'océan, ballottée dans une tempête fracassante qui n'en finit pas ; et je ne sais que me recroqueviller dans ma coquille en espérant descendre un jour de cette planète en marche. Malgré tout, dans le noir de mon coeur, je vois une lueur. Je ne sais pas ce que c'est ; je ne me pose même pas la question ; il y a une lueur, très faible mais toujours présente.
C'est peut-être elle qui me tiendra en vie durant toutes ces années. La vie superficielle de Saint-Barth's, quant à elle, n'a aucun intérêt à mes yeux. Je vole, c'est tout. Je suis copilote sur cet avion anti-aérodynamique, le Trislander BNII MK3 à trois moteurs à pistons ? un mini DC10 qui n'a rien de commun avec le gros, à part d'avoir trois moteurs.
J'avais refusé la proposition du chef pilote de passer commandant de bord sur cet avion -- donc seule au commandes -- lorsque j'ai vu mon propre captain, un ami de grande taille et fort physiquement, devoir écraser les freins à disques de l'avion lors d'un atterrissage mouvementé sur la minuscule piste de Saint-Barth's, pour finir de justesse dans la zone de secours après la fin de la piste, juste avant la mer. Si j'avais été aux commandes, ma force n'aurait pas suffi et l'avion aurait fini dans la mer, avec nous dedans. Accident qui arrive fréquemment à Saint-Barth's.
Même si j'ai bien souvent des tendances suicidaires à vouloir sauter des avions en vol, je ne le ferai jamais intentionnellement, professionnellement, emmenant des passagers dans mon délire.

Donc je reste prudemment copilote sur cet avion délicat, dont le pilotage sur cette piste est très technique : en effet, la descente finale qui passe entre deux montagnes, au ras d'un col, se fait sur un plan de quinze pour cent (au lieu de cinq pour un plan normal) avec le maximum de freins aérodynamiques sortis (volets) et le minimum de puissance pour garder une vitesse minimale qui nous permettra de plonger vers le début de piste sans le rater, vu que la piste est très courte et finit dans la mer. Pour corser les choses, le col justement et le début de piste sont le siège de violentes turbulences qui nécessitent malgré tout des ressources de
puissance afin ne pas se faire plaquer contre les parois ou jeter au sol. Un compromis très pointu doit donc être trouvé entre puissance potentiellement disponible et vitesse minimum pour se poser au vrai début de piste sans risquer le plongeon océanique. Avec le Trislander, avion absolument inadapté à ces conditions et de plus toujours en surcharge, je me contente donc du plaisir du pilotage sans porter les lourdes responsabilités que je laisse à mes captains plus musclés et plus expérimentés.
Par ailleurs, je peux goûter quelque peu aux joies du Twin Otter, ce gros avion joufflu qui décolle et atterrit dans un mouchoir de poche. Il me captive rapidement, mais je n'ai guère le temps d'approfondir?
Bientôt la compagnie annonce une faillite.
Heureusement elle nous paie ; et je me retrouve en France.


La FPC, une marche encore.

Forte de mes belles expériences sur les îles Caraïbes, mais n'ayant pas à mon goût assez de qualifications pour aller plus loin, je me suis inscrite à la formation la plus prisée du moment : « Formation Pratique Complémentaire » ou FPC, qui, même dans le jargon des pilotes ne veut rien dire.
Cependant cette formation ouvre la porte des gros avions c'est-à-dire des Jets*. Ça n'est pourtant pas mon objectif de voler sur Jet. Je suis heureuse de voler sur des avions à taille humaine qui se pilotent réellement et peuvent me faire voyager dans des contrées captivantes, assouvissant ainsi mon besoin de découvertes et d'aventures. Mais en cette époque politiquement instable où la France prépare son union pour le meilleur et pour le pire avec Dame Europe en train de naître, les  licences d'aviation flottent elles aussi dans une instabilité qui me fait penser que, mieux vaut passer les licences françaises maintenant, tant que leur valeur est reconnue, plutôt que de tomber dans la confusion qui accompagne tout changement. En cela je ne me trompe pas, mais je dois ajouter qu'une pointe d'orgueil aiguillonne vraisemblablement mon gros égo à l'idée de passer les fameuses licences françaises réputées les plus difficiles du monde !

Je m'installe à Cannet-plage, encore la mer, près de l'aéroport de Perpignan Rivesaltes. C'est dans l'école réputée d'Aéropyrénées que j'ai décidé de préparer ma FPC. Alors je travaille, encore et toujours, avec mes livres d'aviation ; surtout ne pas penser. Ma tête est dans les calculs, les formules, les procédures, les préparations, le simulateur ; et bientôt, nous commençons les vols, les vrais vols en Beech 200, un avion de rêve qui va aussi vite qu'un Jet ; c'est du moins l'impression que j'ai.
Je suis vraiment bien dans cette école. Monsieur Pic, son fondateur et directeur, un instructeur et pilote hors pair, a pris ma formation en main après qu'un incident avec un autre instructeur m'ait laissée en larmes. L'instructeur en question m'avait traitée d'incapable et voulait suspendre ma formation parce que je ne savais pas ce qu'est un « slot* ». Évidemment que je ne savais pas ; un slot, un créneau, c'est quoi ce truc ? J'étais là pour apprendre et lui pour m'enseigner. Peut-être y a-t-il eu incompatibilité entre nous ? Ça n'est pas si grave. Monsieur Pic, avec une pédagogie de tolérance et d'amour ? rare dans le monde de l'aviation ? règle le mini différent et m'emmène doucement mais sûrement vers l'examen : un vol Perpignan Marseille où un touch and go* est prévu puis continuation vers Bastia sur l'île de beauté ; un grand et beau vol.

Mes études prennent heureusement tout mon temps, toute mon énergie ; je n'ai pas le temps de penser à l'absence, à la solitude. Pourtant une tornade à nouveau va me traverser : il revient. On s'aime ; je me noie de bonheur dans ses baisers. Mais il repart. Je l'emmène à la gare et fonce m'enfermer dans ma voiture pour ne pas entendre le train qui part. C'est pareil. Le déchirement atroce dans monventre lorsque le train s'agite, me fait hurler de douleur.
Comme lors du premier avortement lorsque l'infirmière sadique avait décidé de ne pas m'endormir afin que : « ça me serve de leçon ». Le ventre arraché, déchiré, je hurle dans mon auto immobile sur le parking de cette gare de mort, mort de notre amour qui décidément ne veut pas revivre.
Les rouages puissants continuent de nous écarter l'un de l'autre, ils nous écartèlent de douleur.

L'aviation me sauve ; du moins provisoirement.
Et un jour, je m'envole pour Marseille aux commandes du féerique Beech 200. Je fais un vol parfait à mon avis, très concentrée. Monsieur Pic est mon copilote, et entre nous, un peu à l'arrière, monsieur le Testeur. Oui, c'est le grand jour, le jour du test.
Marseille.
J'ai préparé une arrivée standard pour la piste en service (32) mais le contrôle nous « tient » au radar. C'est donc de l'improvisation guidée pour laquelle je n'ai guère d'expérience mais j'assure. Je me sens totalement devant l'avion en maîtrisant la situation : je suis à la lettre les instructions du contrôle, tout en étant prête à chaque seconde à être « lâchée » pour récupérer la trajectoire standard par mes propres moyens. Mais une inquiétude soudain m'envahit : si nous continuons à notre cap actuel nous allons couper les axes de finale ; c'est une pratique normalement interdite, surtout à notre altitude relativement basse. Mais, nous sommes sous contrôle radar ; donc il n'y a rien à faire qu'à suivre les instructions. Par précaution tout de même, je demande à mon copilote de bien vouloir confirmer notre
trajectoire auprès du contrôle. Il demande et obtient confirmation. Ainsi l'avion coupe les axes, puis nous sommes redirigés vers la finale 32 où mon testeur, au lieu du touch and go prévu, nous impose une remise de gaz* et départ sur la Corse. Une instruction inattendue que j'effectue sans me poser de questions vu la concentration demandée par la charge de travail : gérer l'avion, la montée initiale, la radio, la demande de trajectoire? Tout cela est très intense et heureusement j'ai un excellent copilote !
Bientôt nous voilà en croisière dans le ciel calme, en route vers l'île de beauté. L'arrivée se fait sans autre histoire qu'une minuscule confusion dans les points de passage, et finalement c'est l'atterrissage à Bastia, freinage, rentrée des volets, taxi vers le parking, check-list parking et fin du test.
Je me sens soulagée et heureuse. Cela ne fait aucun doute, j'ai réussi. Monsieur Pic me regarde en souriant, l'air content lui aussi.
Pourtant le testeur semble soucieux. Il tarde à nous donner sa décision ? qui doit être exprimée impérativement avant de quitter le cockpit ? et lorsqu'il ouvre la  bouche je suis stupéfaite d'entendre ces mots :
« Bien? mademoiselle Mirabelle, vous avez fait un très bon vol, mais je ne peux pas vous donner la FPC à cause de ce que vous avez fait à Marseille. »
Quoi ? Stupeur, consternation, incrédulité, tant en moi que sur le visage de Monsieur Pic.
Mais mon visage, contrairement au sien se couvre de larmes et je peux tout juste bredouiller?
« Qu'ai-je donc fait à Marseille ? Je n'ai rien fait de mal pourtant ?
? Mais enfin mademoiselle, vous avez coupé les axes de finale ! Vous avez bien vu ! Et c'est absolument interdit !
? Ah ! Mais monsieur, nous étions sous contrôle radar ! Je sais bien que c'est interdit, mais c'est le contrôle ! Et nous avons demandé confirmation ! »
De là je reprends espoir : il a mal compris vraisemblablement ce qui s'est passé à Marseille. Je sèche mes larmes et, convaincue de la justesse de mes actions,
j'explique tout à mon testeur, recevant moult approbations de monsieur Pic. Comment se fait-il que le testeur n'ait pas  suivi ce qui s'est passé à cet instant fatidique, l'approche radar à Marseille ? Il semble qu'une panne momentanée de son casque radio l'ait privé de nos messages de confirmation. D'où la confusion, d'où sa décision.
Étonnant.
Bien, je me sens rassurée, il va me donner la FPC à présent, c'est sûr.
Pourtant?
« Je comprends fort bien votre explication, mademoiselle Mirabelle, mais vous savez qu'un examinateur, une fois sa décision annoncée, ne peut pas la changer. Il vous faudra donc passer un nouveau test, je dois vous ajourner. »

Ce sont semble-t-il ses dernières paroles. Cette fois je ne peux plus dire un mot. L'injustice s'abat sur moi et m'engloutit dans des sanglots incontrôlés. Voyant cela, mes deux voisins monsieur Pic et monsieur le testeur sont troublés. Monsieur Pic insiste car il sait que nous avons bien fait. Il parle d'une possible écoute de bandes. Bien.
Monsieur le testeur me demande de quitter le cockpit, il va discuter un moment avec monsieur Pic.
Reste-t-il un espoir ? Les mouchoirs sont toujours dans mes sacs, au cas où ; pour le moment j'essuie mes yeux calmés et j'attends ; dans une totale incertitude, presque prête à devoir accepter cet échec injuste.
La porte du cockpit s'ouvre. Les deux hommes sortent.
Les yeux de monsieur Pic brillent.
Le testeur s'approche de moi qui suis assise sur un siège passager les yeux gonflés. D'une voix douce il me dit :
« Bien, je n'ai jamais fait cela car normalement on ne doit pas le faire, mais compte tenu des circonstances, j'ai révisé ma décision : je vous donne votre FPC. »
Je reste muette, immobile et incrédule.
« Vous avez compris ? Je vous donne votre FPC. Vous avez réussi ! »
Ah ? Cette fois je comprends.Des larmes de joie coulent sur mes joues et tout mon corps se relâche enfin. J'ai réussi ! J'ai ma FPC ! Je suis si heureuse ! Si heureuse !

Ainsi, voilà une étape de plus dans mon ascension. Je suis tellement fière? Jules, lui aussi serait fier de moi. ; je voudrais tant partager cela avec lui?
En fait, je ne vois pas à quel point, plus je monte les échelons de l'aviation, plus je m'éloigne de lui. Je ne vois pas non plus à quel point mon acharnement à étudier, à obtenir les plus hauts diplômes, est profondément réactif. Je découvrirai cela un peu plus tard, lorsque les Enseignements des Sages Orientaux arriveront dans ma vie ? Bouddhisme, Zen, Yoga ? et révéleront à mon être en quête de vérité, la réelle nature des choses et de la vie.

En 1992, lorsque j'obtiens cette FPC, je suis dans le feu des émotions douloureuses, aveuglée par la peine, l'amour meurtri et la douleur du manque. L'on peut me percevoir comme une jeune femme pilote pleine de vie et d'enthousiasme pour son métier, mais derrière cette apparence, je suis en fait complètement perdue. Je me laisse porter par des réflexes de survie qui sont mes seules défenses, mes seules protections : étudier me permet d'occuper le mental : les formules d'aérodynamique, les transformations adiabatiques des masses d'air, les routes transocéaniques et polaires, tous ces sujets me passionnent mais plus que tout m'évitent de penser au mal qui me ronge. Et puis l'aviation me fait bouger, voler, fuir cette Terre qui me brûle, m'enfuir de cette Terre où tout me dit que j'ai mal.

Je prends toutefois par moment conscience de certains états, de réactions étranges, me demandant alors « qui » a bien pu décider cela?
Lorsque la Sagesse viendra, la lumière se fera?


Castres Mazamet


Je continue dans la survie face à la douleur ; étudier, voler, ne pas penser. Et la prochaine étape est Castres Mazamet ; petite bourgade du sud-ouest où je suis
embauchée comme instructrice et chef pilote à l'aéro-club local. Ma belle FPC toute neuve ne me permet pas encore l'accès aux compagnies à cause de la situation économique toujours en crise. Les pilotes de ligne s'exilent en Afrique et font de l'instruction. Du reste, voler sur gros avions n'est toujours pas dans mes priorités. Un de mes rêves est de devenir pilote de brousse, « bush pilot », n'importe où : voler dans des contrées inaccessibles, rendre des services là
où les routes n'existent pas pour faire communiquer les gens ; il n'est point besoin de FPC pour cela.
Au tout début de mes balbutiements en pilotage, j'avais cherché du côté des associations comme « Aviation sans frontière », pour aider, transporter des médicaments, faire avion ambulance, ou que sais-je ? Mais ils ne prenaient que des pilotes expérimentés, des pilotes de ligne en retraite, ou en vacances ; aucune chance pour moi. Une autre piste avait été le quadrillage de la planète, à des fins de cartographie, dans le bimoteur légendaire qu'était le « Dakota », mais là non plus, cela n'avait pas abouti.
Alors pour le moment je suis très contente avec mon contrat d'un an dans cet aéro-club gascon presque montagnard ; et il semble que je commence à guérir. Je rencontre de nouveaux amis avec qui je partage de belles soirées, des moments de gaîté, et même Noël à boire du champagne et manger du foie gras !
Que de sorties faisons-nous tous ensemble vers les montagnes, pique-niques bien arrosés au milieu des sapins, baignades dans l'eau fraîche des lacs, ballades en moto sur les routes serpentines? D'ailleurs, j'ai acheté une nouvelle moto : une énorme BMW trail, je ne touche même pas les pieds par terre. Je tombe amoureuse de son propriétaire, un Toulousain bien sympathique, non seulement aimant les motos et la belle musique, mais aussi les chevaux puisqu'il est maréchal-ferrant. Le lien avec Jules, nos rêves, les chevaux, est évident, et cette aventure ne durera que le temps de m'esquiver devant les avances bien trop possessives du maréchal.  D'autres amoureux se présentent mais décidément je ne veux pas me laisser mettre en cage.
A moins que ça soit moi, qui ne puisse sortir de ma propre cage ?

Une belle année passe ainsi, je me sens presque heureuse avec mes nouveaux amis et mon travail. Et même si parfois je cherche en scrutant le sol depuis mon petit
avion, la moto de Jules qui, bien sûr, va venir me chercher pour qu'on reparte vivre ensemble? même si ces moments sont cruellement douloureux, car bien sûr il ne vient pas, enmoyenne, je survis.
Je postule aussi constamment auprès de mille et unes compagnies dans le monde : Caraïbes, Afrique, Amériques, et surtout Australie. Car c'est un de mes rêves d'adolescente que d'aller vivre en Australie, au pays des kangourous. Il semble toutefois que le moment ne soit pas encore venu, les « Aussies » ne cherchent pas de pilotes pour leur grand continent.

Par contre, c'est la Guyane qui m'appelle ; juste lorsque mon contrat à l'aéro-club se termine, une proposition de bush-pilote m'arrive : pilote sur la forêt amazonienne, avion taxi et instruction, dans un pays dont je ne connais rien, si ce n'est la réputation d'habiter des serpents venimeux et des araignées redoutables. N'écoutant rien de ces boniments, et voyant cette proposition comme l'opportunité de guérir de l'amour qui silencieusement me torture, tout en vivant une aventure hors du commun en Amazonie, j'accepte. Et bientôt me voilà prête à partir.


Passage à Lyon, visite famille plus ou moins obligée.
Malgré mes départs continuels, ma mère ne s'habitue pas à mes voyages ; pour elle c'est toujours un déchirement.

Pour moi, rien de cela ; j'ai besoin de partir, un besoin vital. La douleur peut-être ? Je n'ai pas pu me retenir de prévenir Jules ; il accourt, depuis le sud sur sa moto bolide plus rapide qu'une formule un. Nous nous retrouvons pour une heure, peut-être deux, sur l'île Barbe, cette petite île posée sur la Saône avec une passerelle tenue par des cordes. Un joli endroit. Pour un joli moment.
Notre amour lui aussi semble suspendu par des cordes, suspendu dans le Temps. Car il est toujours là. Toujours aussi ardent, toujours aussi fort, toujours aussi indompté.
Nous pleurons tous les deux de devoir nous séparer encore et encore. Une dernière étreinte semble imprimer nos corps l'un dans l'autre pour toujours tant nous nous serrons fort.
Les larmes coulent comme la rivière. L'amour est là.
Impossible. Il faut partir. Il pleut. La rivière coule sous le pont. La moto attend. Bientôt le casque, la combinaison de pluie, les gants. Les yeux sont mouillés, de tout, de pluie, de larmes, de rivière ; tout se mêle dans le fracas du moteur qui démarre, fracas des coeurs qui se déchirent, la moto qui recule, les yeux qui se collent, une dernière fois, une dernière seconde, en silence?
« Clac ! » la première est enclenchée?
« Non »? les yeux supplient? pour que cela ne soit pas vrai? mais la moto part, glisse, le bras se lève, le regard dans le rétro, un dernier signe du pied, c'est fini?
La moto disparaît au loin?
Je suis une statue de larmes et de sanglots ; je vais me fondre dans les flots de la Saône, descendre doucement au fond de l'eau, et oublier, oublier, oublier?
Mais non, je suis toujours là, statue immobile sous la pluie qui me refroidit.
« J'ai froid. »
Tiens, je pense encore ! Tiens, je vis encore !
Alors mes pieds bougent, et puis mes jambes, et puis le corps. La tête, anesthésiée de trop de douleur, le visage boursouflé de trop de larmes, je rentre comme une somnambule à l'appartement parental.
Le lendemain c'est le train pour Paris, puis l'avion vers Cayenne. Le corps, le visage et le coeur en lambeaux. Je ne
fais que pleurer. Je ne savais pas que l'on pouvait survivre encore avec tant de douleur.

J'ai dit quelque chose à Jules lors de notre entrevue de larmes :
« Je pars loin, et cette fois je te demande de ne plus chercher à me revoir, de ne plus m'écrire ou me téléphoner, et de ne plus me donner de nouvelles de toi. »
Sachant que cela me serait extrêmement difficile et douloureux, peut-être impossible, j'ai dit cela au travers de sanglots infinis, guidée seulement par un besoin de survie, d'apaisement, espérant une guérison, enfin.
Et c'est cela qui tord mon corps de souffrance durant ce voyage imposé : savoir que je pars, moi, et que je ne reverrai plus celui que j'aime ; je me sens complètement anéantie.
J'arrive à l'aéroport de Cayenne dans un état incertain, essayant de sourire à l'accueil chaleureux de mon nouveau chef pilote, Michael et de sa femme Margerie. Ils me déposent dans mon logement : une chambre entourée de cocotiers, de bananiers, et d'autres chambres ; une grande cuisine commune, une immense salle de réception, et bien sûr une piscine complètent la résidence, encore embellie par mille fleurs.



Isabelle  Bacquenois
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